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#uLead16 – Politique et confiance pour appuyer le changement en éducation

28 AVR
Photo personnelle, J. Cool
(Photo personnelle, J. Cool)

Mardi 26 avril – Une journée de discussions et de remises en question qui a débuté par l’interaction avec un panel des plus intéressants, ou mieux encore, des plus nourrissants !

Ce panel composé de deux ministres de l’Éducation (Adrian Piccoli et David Eggen), ainsi que de deux experts internationaux  (Carol Campbell et Pasi Sahlberg) dans le domaine des systèmes d’éducation et de la réforme de l’éducation. Les propos de ceux-ci se voyaient modérés par une figure globale du leadership scolaire, Simon Breakspear.

 

 

La question qui a démarré le tout :

Selon vous, l’éducation est une dépense ou un investissement ?

Devinez la réponse mise de l’avant par tous les panelistes et partagée par les congressistes présents…

 

Marie-Andrée Croteau, Collège de Montréal

La table était mise pour une série de conférences et d’ateliers démontrant à quel point l’éducation DOIT être ou devenir une priorité dans les budgets gouvernementaux pour assurer la pérennité d’une société qui mise sur un écosystème plutôt qu’un « égosystème ».

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Carol Campbell, Leading with Evidence for Educational Improvement, uLead 2016

L’une des questions qui m’a particulièrement interpelée et qui est demeurée présente à mon esprit pour les ateliers et conférences qui ont suivi se traduit ainsi : quelle tendance observée dans votre milieu vous force à adopter une posture réflexive? Si l’innovation débute par une question, je me sens prête à innover ! Deux aspects de mon quotidien me sont venus en tête, mais l’une, plus générale, s’est imposée : l’école devient le pôle des décisions des parents. À quelle heure devrait se réveiller mon enfant ? Qui devrions-nous consulter ? Le sport lui est-il bénéfique ? Devrions-nous restreindre ou responsabiliser ? Et ainsi de suite… Cette tendance m’amène à justifier l’investissement en Éducation. Puisque le rôle d’un éducateur s’étend maintenant bien au-delà de l’enseignement de concepts reliés à une matière, le leader et l’enseignant doivent passer respectivement de sujets du changement à designer et acteur du changement. Les sommes investies doivent cependant être le résultat de réflexions éclairées puisque tout commence par les subventions, mais la réussite dépend des choix et des actions pour lesquels on y a recours.

David Eggen disait « It’s my job to find the money, it’s your job to impact learning in classrooms ».

L’un a la responsabilité de trouver les sommes, l’autre d’en planifier la dépense et en fin de compte, tout le résultat dépend de l’utilisation concrète des « objets » de cette dépense. D’où le besoin grandissant de donner la liberté de décision aux enseignants et professionnels. Par le fait même, on place le bienêtre et le développement humain au premier plan du système éducationnel comme Carol Campbell, Cale Birk et tant d’autres le suggèrent. L’aspect humain attendu de la part des enseignants doit d’abord s’appliquer aux gestionnaires. Il se traduira par une plus grande confiance offerte aux enseignants et, à un autre niveau, aux élèves. Incluons-les dans nos discussions, nos prises de décision. Après tout, ils sont les principaux concernés.

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(Photo personnelle, J. Cool)

Jacques Cool, CADRE21

Le panel du matin à #uLead16 se démarqua autant par la pertinence des propos que par leur portée. Venant de 5 personnalités aussi influentes, on ne peut que se sentir énergisé par des propos tels que :

  • « Fermer un centre de détention juvénile pour cause de faible occupation est une bonne nouvelle. L’éducation y est pour quelque chose. » (Hon. Adrian Piccoli, New South Wales, Australie).
  • « Tout dépend de COMMENT l’argent en éducation est utilisé. » (Hon. David Eggen, Alberta)
  • Par rapport aux manquements à la formation initiale : « Ajouter des années d’études à la formation initiale n’a pas de différence significative » (Pasi Sahlberg, Finlande) *À ceci je dis : si la recette du gâteau n’est pas bonne, ce n’est pas en le laissant au four plus longuement qu’il va s’améliorer. Mais un bon plat à la mijoteuse, c’est délicieux. (J’aime les métaphores.)
  • Les mégadonnées (Big Data) et les mythes en éducation (voir ici) ont mené à toutes sortes de politiques à effet pervers trop souvent élaborées par des gens méconnaissant des réalités de la profession et de l’éducation. (Pasi Sahlberg)
  • Transiger sur une base de confiance mutuelle entre intervenants (ministère-Conseil, ministère-écoles) est la clé pour les décisions en éducation. Il est du devoir du ministre de l’Éducation de faire valoir la profession enseignante à son Conseil et non le contraire. (Hon. Adrian Piccoli)

Par rapport à ce dernier point, j’estime que lorsqu’un ministre a confiance et donne confiance (un ministre qui vient de la salle de classe est un atout, mais pas nécessairement un impératif), l’aura se reflète dans son entourage, vers le Conseil des ministres et dans son organisation. Ceci a comme effet (un facteur invisible, comme le dit Sahlberg) de redonner confiance aux gens sur les lignes de front, qui s’engagent davantage dans des initiatives et tendent davantage vers l’innovation. À titre d’exemples, Obama ou Trudeau ne peuvent pas tout régler mais la confiance qu’ils peuvent instaurer (quelque chose de très intrinsèque) chez les gens qui travaillent aux premières lignes, ÇA, ça peut faire une différence significative dans leur milieu.

Maintenant, quelques lignes au sujet de l’initiative iPad 1:1 à la String Theory School de Philadelphie, telle que présenté par Christine DiPaulo. Je pourrais prendre de l’espace ici à parler des vertus pédagogiques de cette tablette, du pouvoir d’agir et de créer des élèves qui ont ces outils entre les mains, des expériences mains sur les touches qui foisonnent dans cette école et sa communauté, des profs qui créent sur iTunesU, etc… je préfère juste faire part d’un point qui m’apparait vital : quand la direction a voulu baliser l’organisation quotidienne du temps (l’horaire des élèves et des profs), ils ont ont choisi de générer cet horaire à partir d’un seul élément non négociable : tout leur horaire est construit à partir de temps collaboratif, de travail en équipe (pour les élèves, pour les profs). TOUT l’horaire. Voilà des priorités pédagogiques bien alignées pour cultiver des contextes d’apprentissage riches. Ses diapos sont disponibles ici.

Carol Dempsey est revenue présenter en après-midi son cadre de référence pour le leadership et le changement en éducation qui vise la capacitation professionnelle des leaders pour appuyer l’apprentissage, l’engagement, l‘équité, et le sentiment d’accomplissement dans une école. Un cadre qui s’appuie notamment sur les conclusions de Hattie dans Visible Learning, soit dit en passant.

Campbell nous amène à une introspection professionnelle avec des propos qui touchent l’humain, pas les structures. Un bon modus operandi repose essentiellement sur un bon modus vivendi. Qu’est-ce qui nous a attiré à œuvrer en éducation ? Cela peut être l’école qu’on a connue mais, à mon humble avis, qu’il faut éviter de vouloir répliquer aujourd’hui, SAUF la qualité des rapports humains qui a pour bon nombre d’entre nous été un effet marquant et durable.

(Photo personnelle, J.Cool, uLead16)
(Diapositive de Carol Campbell. Photo personnelle, J.Cool, uLead16)

Ses remarques sont vibrantes : il importe de savoir regarder la forêt, pas juste les arbres. Au cœur, le toi-moi-nous. Au fond, tout est question de connexions. Campbell parle aussi de persuasion en éducation : on a tous de l’influence, positive ou négative. Chacune de nos actions a un impact ; assurons-nous qu’il soit celui qui permet de progresser et de grandir. Et souvenons-nous de ce que disait Henry Ford : vous ne pouvez pas établir votre réputation sur ce que vous allez faire ! En filigrane, la collaboration, pas la co-blaberation, (s’écouter parler au lieu d’écouter l’autre) dit-elle à la blague… Partenariats (internes et externes), le goût de faire mieux ce que l’on fait déjà bien, des buts précis… Campbell termine en nous invitant à être têtus avec nos buts mais flexibles avec nos moyens.

Il n’y a pas d’ascenseur vers le succès. Il faut emprunter les escaliers !

 

Carol Campbell

 

Marc-André Girard, Collège Beaubois

Pour débuter la journée, un panel d’experts en éducation. Ou plutôt, un panel d’experts en gouvernance scolaire. Le premier terme est incontournable en ces temps d’austérité et de rigueur budgétaire : l’éducation est-elle un investissement ou une dépense ? Le fait de donner la latitude nécessaire aux écoles semble faire consensus tant et aussi longtemps que les directions d’écoles et les enseignants comprennent que les élus, bien souvent, doivent se battre pour obtenir ces fonds. Les ministres sont sous pression d’obtenir des résultats suite à ces allocations. On sort difficilement de la logique mercantile. En retour, il est légitime qu’il y ait une certaine reddition de comptes des écoles ou des conseils scolaires envers le gouvernement et la population.

Avec ces fonds et ces résultats attendus, tous s’entendent que ça prend du temps avant d’obtenir les résultats en éducation et que c’est normal. Le retour sur l’investissement, si on emploie toujours cette logique économique, se fera nécessairement attendre. Sur une note plus personnelle, j’abonde dans le même sens même si je crois fermement qu’il y a place pour une plus grande ouverture au changement de la part des acteurs du réseau de l’éducation. La vitesse tue, mais la lenteur écœure ! J’ai bien aimé quand le ministre Piccoli a conféré une valeur morale aux allocations budgétaires. C’est vrai pour le gouvernement et c’est vrai pour les écoles !

Mais au-delà des questions de subventions, en trame de fond, il y avait deux choses importantes. D’une part, l’importance de donner toute la latitude et l’autonomie nécessaire aux écoles dans la gestion de ces fonds et quant à la prise de décision et, d’autre part, les enseignants et directeurs doivent avoir un niveau élevé de compétences professionnelles grâce, notamment, à la formation continue et au développement d’un réseau de partage d’expériences et d’idées. En bref, le rôle des professionnels de terrain est valorisé mais, en échange, à eux de conserver un haut degré de professionnalisme et de se montrer dignes de cette confiance.

Pour le reste, j’ai eu droit à un entretien privé avec l’honorable Adrian Piccoli dont les premières impressions sont publiées sur mon blogue. Un moment magique avec un politicien allumé et qui connaît bien ses dossiers. C’est ce qui est bien ici, à Banff. Tous sont facilement accessibles et sont heureux de partager leur expérience et leur vision.

Enfin, un bel atelier avec Cale Birk qui nous explique son modèle d’innovation frugale. Bref, comment innover dans un contexte de rigueur budgétaire. Bien que son modèle ressemble en plusieurs points à celui d’Ewan McIntosh du Design Thinking School, il n’en demeure pas moins que ce fut pertinent de le voir à l’œuvre avec des exemples concrets. Birk ajoute que nous sommes atteints de solutionite, une espèce d’infection qui nous pousse à trouver des solutions rapidement que nous imposons à ceux qui doivent les appliquer, sans toutefois les consulter.

Pour conclure cette journée, confiance, transparence, pouvoir d’agir, leadership par milieu sont les concepts à retenir. Quand j’entends un formateur dire que, en tant que directeur, on doit se placer dans la peau de ceux qui sont sur le terrain pour comprendre leur réalité, je me dis que cela n’est pas nécessaire. En faisant confiance à leur jugement, il est inutile de se placer dans leur peau.

C’était notre dernier rapport. On se revoit à uLead17 ? Oh, en primeur, on parle déjà d’un uLead au Québec en 2018… À suivre !

FullSizeRender2Marc-André, Jacques et Marie-Andrée

 

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