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L’enseignant apprenant, dans une perspective de « growth mindset »

18 FÉV

*Dans la série des webinaires du Consortium d’animation sur la persévérance et la réussite en enseignement supérieur, le CAPRES, le sujet du growth mindset fut abordé le 17 février 2016 par 4 panélistes sous l’angle suivant :

« La croyance de l’étudiant en sa capacité de se développer intellectuellement exercerait une influence positive directe sur son estime de soi, sur sa persévérance et sur sa réussite.  Afin de favoriser l’installation de cet état d’esprit chez les étudiants ainsi que les comportements qui y sont associés, il est important de bien comprendre ce qu’est le « Growth mindset » et comment chacun peut y contribuer. »

Pour ma part, j’ai voulu aborder ce sujet dans la perspective où l’enseignant/le professeur est aussi apprenant, la vie durant. Un sous-titre de ma présentation aurait pu lire ‘Regards plus systémiques sur le développement professionnel des enseignants’.

Tout d’abord, voici quelques constats

  • Nous vivons dans un monde en mutation et en ruptures inouïes depuis quelques années. D’abord une rupture technologique qui se manifeste de diverses façons dans nos vies et activités, dont :
    • Un monde hyperconnecté, avec 50 milliards de connexions en 2020;
    • On multiplie par 12 le trafic des données mobiles entre 2013 et 2018;
    • C’est une source infinie de données (sous forme de mégadonnées, infonuagique, Internet des objets) qui sont en filigrane dans nos vies et nos activités professionnelles, personnelles et sociales;
    • On assiste à une croissance importante du commerce en ligne (Paypal, Amazon, eBay, pour ne nommer que ceux-là. Levez la main ceux qui ont effectué une transaction financière en ligne récemment…).
  • Cette rupture technologique entraine de nouvelles tendances, dont :
  • La rupture est aussi fortement économique. On assiste alors à :
    • Une économie de services qui augmente, alors que l’économie manufacturière chute;
    • Une économie intégrée et mondiale, avec l’émergence de nouveaux marchés;
    • Un monde plus énergivore (et une recherche grandissante envers des sources d’énergies alternatives et non-polluantes);
    • Des changements majeurs du paysage démographique de la plupart des pays, incluant le Canada, évidemment. L’actualité quotidienne ne cesse de nous le rappeler.
  • La rupture est aussi sociale, caractérisé fortement par un monde plus urbanisé que jamais. Puisque la main d’œuvre d’ici quelques années sera constituée surtout des jeunes, il importe de miser sur la formation initiale de ceux-ci en lien avec les compétences POUR le 21e siècle. On parle, dans le milieu de l’éducation des 6 ou 9 C (communication, créativité, caractère, pensée critique, collaboration, citoyenneté…).

Jobs Globe and Mail

Deux emplois sur 3 (65%) qu’occuperont nos jeunes n’existent pas encore. À cet effet, je rappelle l’excellente présentation des Propulseurs/métiers de demainY a-t-il un psygérotechnologue dans la salle ?? » ) et en particulier, pour le monde du design, une nomenclature de nouveaux métiers qui émergent, via le site Fast Design… Quels messages pour nos institutions d’enseignement et de formation et de leur personnel éducatif ? Mais attention, on ne parle pas d’algorithmes ou d’intelligence artificielle qui remplace l’humain, dans le cas des professions où le regard et l’intervention humaine dans ce qu’elle peut faire de mieux demeurent essentiels; l’enseignement fait partie de ce lot.

Les auteurs Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee (The Second Machine Age) écrivent à la page 197 de leur livre que les 3 grandes compétences qu’il faudra manifester (au-delà de lire, écrire et compter) sont :

  • La compétence d’être idéateur;
  • La compétence de pouvoir reconnaitre les patterns dans les choses et situations observées;
  • La compétence de communication complexe (médiums diversifiés, nouvelles modalités, les transmédias, etc.).

Manifestement, devant de tels mouvances, de constats et d’évidences, les finalités en éducation sont à revoir. Je dirais même plus : elles sont à actualiser. Il en va de notre responsabilité collective et sociale envers nos enfants.

Le rapport au savoir change, on ne bascule pas des connaissances VERS les compétences (car l’ignorance rend malhabile). Ce n’est pas quelque chose de conflictuel ou dichotomique, comme trop de faux débats laissent prétendre. Il s’agit plutôt de nouvelles postures qui sont maintenant nécessaires :

  • Des structures éducationnelles à transformer (j’en parle ici);
  • Les rôles de l’enseignant à transformer
    • Prof 1.0 : La source de connaissances;
    • Prof 2.0 : Le guide et la source de connaissances;
    • Prof 3.0 : L’enseignant devient l’orchestrateur de création collaborative de connaissances (là où le monde du travail s’achemine déjà, en passant…).
  • In extenso, les rôles de l’élève changent aussi :
    • Élève 1.0 : Passif et absorbant;
    • Élève 2.0 : De passif à actif, avec un sens émergeant de la prise de possession du processus créatif;
    • Élève 3.0 : une grande autonomie envers son apprentissage, un agent libre de sa formation au fond, devenu co-créateur de ressources et de connaissances, ce qui implique aussi une saine gestion de son identité numérique (son identité tout court) et une maîtrise de son « savoir-publier»
  • Ces nouvelles postures ont des impacts évidents sur le type d’activités, l’institution et l’évaluation des apprentissages… (1.0, 2.0, 3.0)

Éducation 3point0

*  *  *

Dans de telles perspectives, un fixed mindset (disposition fixiste) du prof est voué au lamentable échec, et possiblement celui des jeunes dont il a la charge. En 1992, on me disait :

« Ne limitez pas les enfants à VOS apprentissages car ils sont nés d’une autre époque ».

C’est encore plus vrai aujourd’hui.

Aujourd’hui en éducation, l’isolement professionnel est un CHOIX que fait l’enseignant en fixed mindset. Pour des élèves connectés au monde (dans l’accomplissement personnel et professionnel décrit plus haut), il faut aussi des profs connectés au monde… C’est là que revient l’importance (et j’oserais dire que bientôt, une exigence inscrite à la description du poste) de se tisser un réseau d’apprentissage professionnel (que ce soit par des webinaires, une veille sur Twitter, des MOOC collaboratifs, des groupes Facebook, etc.). Fondamentalement, c’est une obligation professionnelle de se placer dans une posture d’apprenant, la vie durant.

On n’a qu’à lire l’article 22.6, section II de la Loi sur l’instruction publique du Québec, qui stipule :

« Il est du devoir de l’enseignant de prendre des mesures appropriées qui lui permettent d’atteindre et de conserver un haut degré de compétence professionnelle. »

Une posture de growth mindset de l’enseignant, dans une telle perspective, devient essentielle. Dans la foulée des travaux de l’École de demain, de la FÉEP, on a dégagé le profil suivant de l’enseignant vers lequel viser :

  • Son objectif ultime : motiver les élèves !
  • Un enseignant créatif, autonome et capable de s’adapter. Ce qui veut dire :
    • Un enseignant qui favorise l’analyse réflexive et la métacognition;
    • Une reconnaissance de la profession enseignante;
    • La nécessité de repenser le temps de travail (vous connaissez des profs qui ne travaillent QUE 32 h/semaine ?);
    • L’importance de baser sa pratique enseignante sur des données de recherche et de pratiques éducatives éprouvées, mais pas au détriment du sens de l’innovation.

Les défis d’une telle actualisation professionnelle sont réels. L’importance et l’urgence d’actualiser, voire transformer, des aspects clés de la formation initiale des enseignants es tréelle. On assiste à de belles mouvances dans ce sens.

Il devient aussi important d’avoir des offres variées de développement professionnel et de formation continue, avec des mécanismes de reconnaissance appropriées, en complémentarité de la reconnaissance et la certification plus formels. Les badges numériques en sont un bon exemple.

Le leadership transformatif des dirigeants est un aspect incontournable pour une école et une profession faites autrement. Michael Fullan parle maintenant de Leadership par le milieu. Déjà, je vois des enseignants innovants qui pensent et agissent à l’intérieur de la boîte « Think INSIDE the box »…

Le réseautage ouvert et grandissant des communautés d’intérêt m’apparait d’une nécessité pour tout enseignant qui apprend; les CAP, les regroupements Twitter tels que #usppp, #eduprof, #cadre21, #EduQc, la page Facebook Les TIC en éducation, et j’en passe… Les occasions sont multiples afin de partager, de débattre, de s’inspirer et de co-construire.

Tel que décrits, la profession d’enseignante, à laquelle s’ajoute l’obligation de bien connaitre son domaine d’enseignement, doit s’appuyer sur un accompagnement professionnel aidant et ressourçant. C’est le défi continuel des conseillers pédagogiques, dont la profession se métamorphose aussi.

En conclusion, j’attire l’attention sur la vidéo TED de Carol Dweck, « The power that believing that you can improve », notamment à partir de 4’00. Quand Carol Dweck parle de l’importance de PRAISE, « to praise the learner » (valoriser) chez l’élève en growth mindset (développemental), c’est exactement la même chose pour l’enseignant en posture de formation continue.

La VALORISATION de la profession enseignante : Quand l’enseignant-apprenant peut s’engager avec confiance et avec un appui aidant dans une démarche de croissance professionnelle, à la lumière des nouveaux enjeux du monde en mutations profondes, tout devient possible. En anglais, le mot FAIL (faillir) devrait représenter : First Attempt In Learning.

fail

Je laisse le mot de la fin à Charles Hadji :

« Le succès d’une innovation en éducation [dans ce cas-ci, parlons de développement professionnel dans une perspective de growth mindset] se mesure d’abord et avant tout par le succès de l’élève. »

One response to “L’enseignant apprenant, dans une perspective de « growth mindset »

  1. Bonjour. Je connais bien la pensée de Carol Dweck. Connaissez-vous la philosophie de KIPP school? C’est très bien aussi.
    Moi je crois que si vous voulez révolutionner le métier d’enseignant, il faut changer le programme universitaire et certains professeurs. Aussi faire descendre l’argent et la recherche au niveau de l’école. Quelqu’un peut bien lire tous ces livres comme Ken Robinson, mais si sa nature vient d’un vieux fonctionnement, si tous ont la même pensée, au final on aura juste parlé. Certains visionnaires réussiront, mais la majorité va seulement adapter ses vieilles pantoufles.
    Voici ma vision pour de meilleurs enseignants:
    2$ pour un programme d’étude universitaire pour futurs enseignants.
    La personne la plus importante de tout ce système sera toujours celle qui enseigne. Il doit avoir une compétence qui repose sur un savoir et un savoir-faire basé sur la recherche scientifique. Aussi, faut-il que cette recherche soit sérieuse et basée sur un minimum acceptable d’enfants. L’enseignant ne doit pas se laisser berner par des modes qui ne sont que de passages. Il ne doit pas enseigner selon sa propre expérience qu’il a lui-même vécue. On le sait très bien qu’un certain enseignement peut fonctionner pour Martin et Robert, mais que la même façon de faire ne fonctionnera pas nécessairement avec Thomas. Dans cette optique, l’enseignant doit avoir dans son expertise le savoir pour poser le bon diagnostic selon l’élève qu’il a devant lui. Comme le ferait un médecin, s’il avait devant lui un patient en sueur, il pourrait y voir différentes causes de ce symptôme et poser le bon diagnostic avec le bon questionnement, la bonne observation et le bon jugement. Tout ce déroulement basé, non sur sa propre expérience, mais basé sur plusieurs cas qui ont vécu ce malaise avec à la fin, une pathologie différente propre à chacun et en même temps semblable à d’autres.
    Si une école veut vraiment se distinguer des autres, elle doit avoir un corps enseignant distingué. Tous les enseignants, en ce moment, suivent le même genre de curriculum. Que ce soit des enseignants au privé ou au système public. Comment pouvoir penser innover lorsque tous ont une pensée semblable. L’enseignant doit avoir une vision globale de l’éducation, du monde et de l’être humain. La transmission du savoir globale (connaissances, compétences, émotions, relations…) sera toujours une affaire entre être humain et non d’une technologie à un être vivant. Dans un monde idéal, un réseau d’écoles aurait un œil sur la formation de ses enseignants. Donc, un droit de regard sur les Professeurs universitaires et sur le curriculum.
    L’idée d’un programme.
    Ce programme d’étude devrait commencer dès le CÉGEP. Il serait de 7 ans. 3 années au Cégep et 4 années à l’université. La première année servirait à voir si l’étudiant est dans le bon cheminement de carrière. Dès la 2e année, on commence les certificats. Dans ce programme, chaque étudiant devrait avoir à la sortie un certificat en programmation informatique, en didactique, un en psychologie, un en philosophie, un en communication et pour finir un en art. C’est certain qu’un tel programme est demandant, mais les finissants de celui-ci seraient beaucoup mieux armés à faire face à la diversité humaine et à la technologie. Aussi, il aurait en lui, l’épistémologie nécessaire pour faire face aux modèles pédagogiques proposés par la recherche en éducation. Ce 2$ serait un investissement sur celui où repose en grande partie la réussite scolaire, soit l’enseignant.

    J’aime bien ce que vous faites. Ça me fait rêver. Je suis un enseignant en musique à Laval depuis 1997 et je suis à réorienter ma carrière. Je connais assez bien le monde de l’éducation en général. Mais lorsque j’arrive à l’école pour émettre une proposition nouvelle, souvent on dit:  » On ne peut pas réinventer la roue ». Moi je crois que oui. Alors il ne me reste plus qu’aller voir ailleurs. Trouver un endroit où il est permis de rêver et de passer à l’action.
    Bonne journée.
    Benoit Therrien
    musicien, enseignant, curieux et innovateur.

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